La grève n’a pas que des mauvais côtés

Certes, sauter dans le train de 7h17 pour arriver à l’heure à laquelle on se lève d’habitude, c’est un poil douloureux. Mais le train de ce matin m’a offert un bien beau spectacle, qui me donnerait presque envie de recommencer l’expérience volontairement.

Encore un peu endormi, le train quitte la gare Saint Lazare à peine éclairée pour replonger dans l’obscurité. Je discute avec mon collègue quelques minutes avant d’être rattrapé par la somnolence à demi forcée (on se dit qu’il faut en profiter pour grapiller les derniers bouts de sommeil tant qu’on peut encore).

Quelques instants plus tard, pour une raison quelconque, je rouvre les yeux, et une vision surréaliste s’imprime sur ma rétine. D’un côté le ciel noir, gourmand de toute lumière, de l’autre un bleu intense et profond, doux et paisible, de ceux qui nous font rêver d’espace.

Dos au sens du train, dans ce wagon rempli de visages fatigués, j’ai l’impression de fuir une civilisation perdue, un monde sur le déclin, et de faire parti des quelques rescapés empruntant un chemin mystérieux, en dehors du vivant et du réel, à la lisière du jour et de la nuit. Comme si nous repartions vers notre monde fantastique originel, déçus de monde vers lequel nous nous étions tournés.

Nous voyageons sur le fil de l’aube, en dehors de tout, protégés.

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